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Un livre de Pascal Brice,

Louisette Gouverne, auteure française vivant dans la Drôme, et Mamadou Adama Ba, Sénégalais, journaliste radio à Ourossogui, région de Matam à 600 km de Dakar sont associés au projet « Frame, Voice, Report ! ». « Notre objectif est de proposer aux lecteurs de ce blog de porter un regard large sur les mouvements humains, les déracinements qui secouent notre planète, et de mettre en perspective les migrations actuelles ».

Vous trouvez ici des chiffres et des cartes, un lexique pour mieux comprendre, mais aussi des témoignages en Drôme et Ardèche (France) et au Sénégal pour approcher des réalités différentes des phénomènes migratoires.

De cette coopération, de leurs regards croisés, ils témoigneront le 26 avril 2019 à Valence (Drôme).

Migrations: les mots pour le dire - par Louisette Gouverne

« Toutes les deux secondes, une personne est déplacée sur la planète à cause de la guerre, des violences ou des persécutions. Soit moins de temps que pour lire cette phrase. En 2017, nous avons enregistré 68,5 millions de personnes déracinées, c’est plus que la population de la France » écrivait Céline Schmitt, porte-parole en France du Haut-Commissariat pour les réfugiés aux Nations unies dans une tribune du Monde le 20 juin 2018.

Toutes ces personnes déracinées, déplacées vont tenter de renouer avec la vie dans un autre environnement que le leur et leur statut va alors changer selon les situations et les pays où elles échouent. Comment sont-ils nommés en France selon les cas ? Utilisons les termes appropriés.

 

Migrant:

Un migrant est une personne qui quitte ou fuit son lieu de résidence habituel pour une nouvelle destination, à l’étranger ou à l’intérieur de son propre pays, espérant y trouver la sécurité ou des conditions d’existence plus favorables. La migration peut être forcée ou volontaire, mais, dans la plupart des cas, elle résulte d’une combinaison de choix et de contraintes, ainsi que de la décision de s’établir ailleurs pour une période durable.

 

Demandeur d’asile:

Tout étranger peut demander une protection à la France contre des persécutions dans son pays d’origine. Tant que la procédure est en cours, il est demandeur d’asile. Toutefois, il s’agit de déterminer quel est le pays responsable de la demande d’asile en application du règlement n°604/2013 du Parlement européen et Conseil du 26 juin 2013, dit règlement Dublin III. Cette détermination se fait à l’issue du dépôt de dossier à la préfecture. On parle de demandeur d’asile sous procédure Dublin (une réglementation européenne qui contraint de re-transférer le migrant vers le premier pays de l’Union où il a posé le pied).

 

Réfugié:

Le statut de réfugié en France peut être accordé sur 3 fondements en réponse à une demande d’asile :

  • la convention de Genève relative au statut de réfugiés du 28 juillet 1951. Le statut de réfugié est délivré à « toute personne qui (...) craignant avec raison d’être persécutée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays »

  • l’asile dit constitutionnel, qui tire son origine de l’alinéa 4 du préambule de la Constitution de 1946. Le statut de réfugié est accordé à « toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté »

  • le mandat du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR): si le demandeur a été reconnu réfugié par le UNHCR sur la base des articles 6 et 7 de son statut.

C’est l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui gère les demandes et place les réfugiés sous protection juridique et administrative.

 

Apatride:

Selon la Convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides, ce statut peut être octroyé à toute personne «qu’aucun Etat ne considère comme son ressortissant en application de sa législation ». Ce statut est différent des deux autres formes de protection qui peuvent accordées suite à une demande d’asile et concerne uniquement les personnes qui ne possèdent pas de nationalité. Il ne prend pas en compte les risques de persécution.

Le statut d’apatride est accordé par l’OFPRA, sous le contrôle du tribunal administratif.

 

Nationalité et séjour:

On peut vivre en France pour des raisons familiales, économiques, professionnelles, scolaires, humanitaires ; le séjour est alors plus ou moins long et n’implique pas de posséder la nationalité française. Toutefois, on peut faire une demande pour acquérir la nationalité française (par mariage, par filiation, ou par naturalisation).

 

Regroupement familial

Ce dispositif concerne les étrangers vivant en France. Le regroupement familial fait partie de cet ensemble de procédures réunies dans la catégorie « immigration familiale ». Il concerne spécifiquement les étrangers titulaires d’une carte de séjour en France désirant être rejoints par leur époux ou épouse et leurs enfants.

Le droit de vivre en famille est un droit fondamental, consacré par l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

 

Sans-papiers:

Il s’agit des personnes présentes en France sans en avoir le droit, donc de manière irrégulière. Par définition, on ne sait pas combien ils sont sur le territoire, ni depuis combien de temps, ni combien arrivent chaque année.

 

Etranger ou immigré ?

Un étranger peut être né en France, par exemple né sur le sol français de parents étrangers, et qui n’a pas la nationalité française à sa naissance, mais il n’est pas immigré.

 

Un immigré est toujours né à l’étranger.

 

Article rédigé par Louisette Gouverne - 27 Novembre 2018

Pour mieux comprendre les migrations sur la Planète

Notre planète semble n’avoir jamais connu autant de déplacements de personnes, de peuples forcés de fuir leur foyer, leur pays. Selon le UNHCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, 68,5 millions de personnes ont été déplacées (chiffres de juin 2018) dont 25,4 millions de réfugiés. 

Alors que l’Europe se déchire sur l’accueil de quelques milliers de migrants, n’oublions pas que 85 % des personnes déplacées vivent dans les pays en développement (voir par exemple la carte correspondante de la corne de l’Afrique).

Parmi les pays qui accueillent le plus de réfugiés arrive en tête la Turquie (3,5 millions), puis l’Ouganda et le Pakistan.

Article rédigé par Louisette Gouverne  - 25 Novembre 2018

Qui sont les 40 millions de déplacés internes ? 

Quand en 2017, l’agence des Nations-unies pour les réfugiés dénombre 40 millions de déplacés internes parmi les 68,5 millions de personnes déracinées dans le monde, de qui parle-t-on ? Cette notion de déplacé interne n’existe pas dans notre réalité, ni notre droit.

Prenons la définition des Nations-unies. « Les déplacés internes sont des personnes ou des groupes de personnes qui ont été forcés ou contraints de fuir ou de quitter leur foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les frontières internationalement reconnues d’un État ». Dans les rapports, on les désigne sous cet acronyme anglophone : IDPs (Internally displaced persons).

Autrement dit, ces mouvements de population sont involontaires et ils se produisent à l’intérieur de frontières nationales. Cela signifie que ces personnes restent sous la protection de leur pays et gouvernement, alors que celui-ci peut être à l’origine de leur déplacement. Diverses agences internationales tentent de leur venir en aide, comme le UNHCR ou la Croix Rouge.

Les causes de déplacements sont multiples comme indiqué ci-dessus, il faut encore mentionner les transferts de population à cause de l’installation de colons dans la zone où des populations chassées vivaient auparavant ; des évictions forcées ; les conséquences écologiques et sociales de certains grands projets de développement, tels que la construction de barrages ou d’oléoducs ou encore les recherches et extractions minières qui provoquent des déplacement de populations à grande échelle. Ces déplacements sont la plupart du temps arbitraires et ils se déroulent dans 50 pays, la plupart en développement.

Déracinements : Où se réfugient les migrants ?

Focus sur l’ Afrique

Alors que les déplacés internes sont les plus nombreux en Colombie avec 7,7 millions de personnes fin 2017 et que l’autre pays qui concentre la plus importante population de déplacés est la Syrie avec 12,6 millions de personnes en 2017, dont 6,2 IDPs, le continent africain est le théâtre d’impressionnants mouvements de populations, migrations trans-frontières et déplacements internes (voir le diagramme joint).

En 2009, les Etats africains ont adopté la convention de Kampala entrée en vigueur en 2012. Celle-ci fut le premier instrument régional contraignant portant sur l’assistance et la protection des déplacés internes. Certains Etats africains ont été par ailleurs les premiers à adopter des lois et politiques nationales sur les personnes déplacées fondées sur des principes communs : l’Angola (2000), le Burundi (2001), la Sierra Leone (2002), l’Ouganda (2004), le Soudan (2009), ou le Kenya qui a adopté une loi en 2012 à partir du travail d’une commission parlementaire.

Dans ce pays de la corne de l’Afrique, les IDPs seraient 159 000 en 2017 (chiffres officiels), dont 24 000 nouveaux déplacements à cause de conflits et 3 5000 à cause de désastres naturels comme des inondations. Des flux importants de migrations internes avaient eu lieu après les violences post-électorales en 2007 et 2008. A ce moment, 600 000 Kenyans avaient du quitter leur maison. Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, s’est posée la question de l’indemnisation de ces populations déplacées, alors qu’un certain nombre de ces personnes ont perdu leurs papiers d’identité lors des violences. Ces populations peuvent être regroupées dans des camps, accueillies par des communautés… Toutefois, leur arrivée sur de nouvelles terres pose bien évidemment des problèmes aux populations résidentes, et cause souvent de nouveaux conflits locaux.

Article rédigé par Louisette Gouverne - 25 Novembre 2018

Rencontres de migrants à Istanbul - Entre mirage européen et retour au pays

Témoignage de Mamadou Adama Ba (Petit Ba) – 40 ans – journaliste sénégalais. Il se souvient des migrants qu’il a connus lors d’un séjour à Istanbul.

Je suis arrivé à Istanbul au début du mois de novembre 2004. Au tout début de l’hiver. J’ai découvert une ville magnifique à cheval entre l’Europe et l’Asie. D’emblée, cette cité m’a fasciné de par ses vestiges historiques, ses mosquées, et surtout le Bosphore.

Istanbul était le pont qui reliait l’Orient à l’Occident. Des migrants en provenance du Liban, de la Libye et de l’Afrique subsaharienne y transitaient pour aller en Grèce et rejoindre ainsi l’Europe. Les passeurs étaient très bien organisés. Ils louaient des appartements que payaient les migrants. C’était un commerce juteux, chaque migrant versait la somme de 50 euros à son arrivée, un équivalent de quote-part. Dans ces maisons s’organisait le voyage d’abord vers la frontière (Izmir, Edirne, etc.), première étape avant de prendre la mer. Le voyage coûtait entre 700 et 1 000 euros.

Certains ont eu la chance de rejoindre l’Europe avec tous les risques que cela comportait. Beaucoup sont mort noyés. D’autres, par contre, n’ont pu effectuer le voyage faute de moyens. La plupart de ceux qui sont restés vivaient dans la précarité. Plus de 20 personnes par appartement, avec un repas par jour. Certains craquaient face à cette situation désastreuse. Ils s’en remettaient le plus souvent à l’UNHCR*, qui, en Turquie ne peut ni les loger, encore moins les nourrir. L’UNHCR joue juste le rôle de conseiller, ou de psychologue, c’est selon !

En 2005, j’ai rencontré Demba, un Sénégalais qui venait du Congo, où il était propriétaire d’un petit magasin de vêtements de prêt-à-porter à Pointe Noire. Les affaires marchaient bien, mais un ami vivant en France, lui a tourné la tête, en lui promettant qu’il gagnerait des millions à Paris. Face à la difficulté d’obtenir un visa à Brazzaville, il a rejoint la Turquie, après avoir tout vendu. Quand il est arrivé à Istanbul, il a vite compris qu’en Turquie les choses n’étaient pas aussi simples qu’il le croyait. Trois mois après son arrivée, il n’arrivait toujours pas à rejoindre la Grèce. Les Grecs avaient accentué la surveillance de leurs côtes, le long de la mer Egée. Il voulait retourner au Congo, mais il n’avait plus rien là-bas. Il a finalement pu rejoindre la Grèce après plusieurs mois de galère à Istanbul.

J’ai rencontré des femmes anéanties, venant du Liban, où elles vivaient comme des esclaves. Elles n’avaient plus le moral. Certaines acceptaient de se faire héberger par un homme avec tout ce que cela comportait comme risques. Mais elles n’avaient pas le choix. Elles devaient se loger et se nourrir. Elles avaient perdu toute leur dignité de femmes.

Pendant un an et demi, j’ai aidé des migrants venus de l’Afrique francophone à préparer leur retour au bercail. Certains avaient effectué un périple de plus de trois ans dans le désert entre le Mali et la Libye. Ils avaient tout perdu. Mon voyage en Turquie m’a permis de savoir qu’avec un peu d’effort et un projet fiable, on pouvait réussir en Afrique. J'ai vu, en effet, à Istanbul des Africains fournir beaucoup d'efforts pour gagner leur pain quotidien. Je me suis dit alors que si on faisait les mêmes efforts, mais avec des projets bien ficelés, on s'en sortirait au pays. Je sais aussi qu'il y a des migrants qui sont revenus et qui ont investi dans l'agriculture, l'élevage et même dans la pisciculture, et cela leur réussit bien.

Beaucoup de jeunes ont été obnubilés par la « réussite » d’un proche vivant en Europe. A Istanbul, beaucoup d’Africains réalistes ont fait le chemin inverse vers leur pays d’origine. Revenir à la case de départ, recommencer à zéro, oublier le rêve de l’eldorado inventé par des amis, des cousins, des voisins, qui eux mêmes broient du noir à Paris, pour la plupart. Certains sont restés parce qu’ils n’ont pas eu le courage de revenir. Parce que pour eux revenir serait synonyme d’échec.

A mon retour en Afrique, en mars 2007, le plus difficile pour moi aura été de rencontrer les parents d’un jeune avec qui j’ai vécu pendant un moment, et qui est mort noyé avec sept autres migrants en voulant rejoindre la Grèce. J’ai eu beaucoup de peine pour cette famille qui venait d’accepter la réalité alors qu’ils avaient toujours cru que leur fils était porté disparu, mais en même temps j’ai éprouvé une sorte de soulagement, car même si cette mort m’avait traumatisé, j'avais juré de rencontrer la famille de ce jeune et de leur remettre quelques objets que j'avais gardés.

* UNHCR : Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés

Article rédigé par Mamadou Ba - 8 Novembre 2018

En Drôme et Ardèche - Ils accueillent des mineurs non accompagnés

Ils ont entre 14 et 18 ans, parfois plus ; ils viennent seuls d’Afrique ou du Moyen Orient pour trouver asile en France. Notre pays, qui a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant, doit leur appliquer le droit commun de la protection de l’enfance et accueillir ces mineurs non accompagnés. Toutefois, les services départementaux d’Aide sociale à l’enfance peinent à accompagner ces adolescents de plus en plus nombreux. Des bénévoles et des familles d’accueil apportent avec conviction un relai aux services sociaux afin de faciliter l’intégration de ces jeunes étrangers. Dans la Drôme et l’Ardèche, des militants et des agents territoriaux témoignent de leur engagement …

Ils ont rejoint leur permanence ASTI (Association de solidarité avec tous les immigrés) à Valence. Les deux Françoise et Jean-Marie reçoivent ici des mineurs non accompagnés, ou ils vont les voir, les accompagnent, dépensent leur temps sans compter pour les aider. « Nous avons découvert leur existence en janvier 2015 par hasard lors d’une réunion au foyer de la Manu. Ils étaient huit, hébergés dans des hôtels par l’aide sociale à l’enfance (ASE). Depuis, beaucoup d’autres sont arrivés jusqu’à Valence, mais s’ils doivent bénéficier des lois de la République, dans la réalité la plupart sont mis au chaud, mais guère plus car il manque de moyens pour faciliter leur intégration », explique Jean-Marie.

Qui sont ces jeunes migrants ? Une grande majorité viendraient de Guinée, mais aussi de Côte d’ivoire, du Mali, du Congo… leurs actes de naissance doivent être régularisés. « Il y a très peu de filles. Elles ne dépassent pas la Libye. Mais les garçons aussi se font violer, torturer… » admet Françoise. Les militants rencontrent plusieurs fois ces jeunes lors de permanences juridiques, ils apprennent à les connaître ; certains finissent parfois par raconter leur terrible périple jusqu’en France. « Ils sont peu nombreux à partir de leur pays avec un projet. Ce sont plutôt des mineurs isolés dans leur société, parfois ils ont été expulsés ». Françoise se souvient de l’étonnant tour du monde de l’un d’eux… « passé dans un camp au Kenya où il a obtenu le statut de réfugié du HCR, puis il a été envoyé à Séoul avant d’arriver au Pouzin ».

L’ASTI apporte des informations juridiques aux adolescents et propose également des actions de sensibilisation dans les écoles pour expliquer les phénomènes migratoires et les préjugés qui les entourent. Ils incitent également les jeunes migrants à s’inscrire dans un établissement scolaire et après 16 ans à rechercher un apprentissage. Une tâche qui n’est pas aisée, alors que « ces jeunes en veulent et sont volontaires ». A cet égard, Françoise salue l’initiative de la mission locale de Valence qui a ouvert un contrat « garantie jeunes » spécifique pour les réfugiés proposant 4 semaines de cours et 10 semaines de stage à des adolescents en situation régulière et non scolarisés.

L’ASTI travaille aux côtés de la CIMADE qui propose également des permanences juridiques hebdomadaires. Ils conjuguent leurs efforts avec Solidarité langage et le Secours catholique pour dispenser des cours de français et ces bénévoles tentent de travailler au mieux avec les services départementaux de l’ASE et les éducateurs, en charge de la protection de ces MNA. Les bénévoles organisent aussi des soirées conviviales pour réunir ces jeunes arrivés dans la Drôme dans le jardin du Secours catholique apprécié de tous.

Un service d’urgence

Les militants drômois mettent l’accent sur la phase d’accueil de ces MNA, sur l’évaluation réalisée par l’ASE afin de déterminer s’ils sont mineurs ou majeurs, recouper leur histoire, examiner leurs papiers s’ils en ont… « Cet entretien psycho-éducatif est fait au mieux, mais il est rapide. C’est un peu au doigt mouillé, mais l’étude osseuse n’offre pas davantage de garanties » souligne Françoise.

De cette phase déterminante de l’accueil parle également Sylvain Dedidier, directeur du foyer départemental de l’enfance en Ardèche. « Nous sommes la porte d’entrée de tous les MNA qui se présentent en Ardèche, notre accueil est quasi inconditionnel. Dans la journée ou le lendemain de leur arrivée, il s’agit pour une équipe de deux personnes de se faire une opinion quant à leur minorité et leur isolement. A l’issue de cette évaluation – même si nous n’avons pas d’outils techniques pour déterminer leur âge - , nous adressons un rapport au directeur de l’enfance, qui le transmet au procureur de la République. L’information est ensuite envoyée à la cellule nationale (existant depuis 2013) qui propose une orientation pour le jeune. Celle-ci décide s’il restera en Ardèche ou ira dans un autre département avec lequel nous établissons une communication pour y envoyer l’adolescent concerné ». Les jeunes bénéficient également d’un bilan de santé à leur arrivée.

Sylvain Dedidier souligne que la situation a changé très vite les dernières années. Jusqu’en 2013, aucun jeune migrant n’arrivait en Ardèche, depuis 2014, année où ont été accueillis à leur arrivée 19 mineurs, on est passé à 23 en 2015, 83 en 2016, 130 en 2017 et au 20 octobre 2018 ils étaient déjà 140. La majorité viennent d’Afrique subsaharienne de l’Ouest, « ceux qui sont passés par la Lybie ont été violentés, incarcérés… ils sont plus nombreux les derniers mois à contourner ce pays via l’Algérie et le Maroc et remonter par l’Espagne. Les contacts qu’ils ont entre eux sont un gage de survie ».

Cette amplification du flux des arrivants et par conséquent l’accroissement sensible des dépenses supportées par les départements pour faire face à cet accueil ont évidemment provoqué des débats et conduit les élus à interpeller le gouvernement. Par exemple, le 24 octobre 2018, les présidents des départements de Haute-Savoie et de l’Ain, de la région Rhône-Alpes et de la Métropole de Lyon ont voulu aborder collectivement ce dossier des mineurs non accompagnés. Constatant la compensation marginale de l’Etat pour les dépenses engagées, le nomadisme des jeunes qui ne peuvent être pris en charge par l’ASE, la difficulté de l’Education nationale à leur offrir formation ou apprentissage… ils demandaient alors la création d’un fichier national pour faciliter l’identification et le suivi des MNA et ils s’engageaient à travailler ensemble sur les pratiques et usages à partager.

Dans le foyer ardéchois, il y a 32 places d’urgence pour les arrivants et ceux qui attendent une décision après leur évaluation. L’Ardèche dispose de 120 places d’accueil permanent pour les MNA, les 16 à 18 ans peuvent être hébergés dans des logements collectifs de maisons d’enfants, les moins de 16 ans sont placés chez des assistants familiaux et une dizaine de jeunes bénéficient du parrainage familial. « Quand ils sont reconnus mineurs et nous sont confiés, nous essayons de les accompagner au mieux et dans un second temps, il s’agira de régulariser leur situation, une autre difficulté. En dernier ressort, c’est le préfet qui autorise ou non le séjour » explique Sylvain Dedidier.

Des familles de parrainage

Le conseil départemental de l’Ardèche a choisi en 2017 de mettre en place un système d’accueil familial pour 10 à 20 des MNA séjournant sur son territoire selon une formule de parrainage originale. C’est l’association Pluriels qui a remporté un appel à projets. « Pour notre association existant depuis 11 ans et vouée trouver des familles d’accueil pour des enfants, cela nous a paru cohérent et correspondre à nos valeurs de répondre à cet appel du département. Cela a été assez naturel de nous ouvrir à des mineurs non accompagnés » raconte Pascal Mathieu, directeur général de Pluriels.

L’association retenue lors de cet appel à projets a donc la responsabilité « d’attribuer » des familles volontaires aux enfants qui lui sont confiés par l’Ardèche. Les citoyens qui se sont manifestés après des réunions publiques organisées avec le département et l’ASE ont été rencontrés par l’équipe de Pluriels. Après une visite de la famille, Pluriels a évalué leur réelle capacité d’accueil et transmis son verdict au conseil départemental, qui a effectué le choix définitif. « Les avis défavorables que nous avons émis résultaient d’un isolement trop grand des familles en question pour assurer la scolarisation ou l’apprentissage des jeunes, nous examinons les conditions d’hébergement, l’état de santé des accueillants, etc » rappelle le directeur de Pluriels. « Et puis, il faut que la famille puisse encaisser l’accueil d’un jeune d’une autre culture, avec une autre langue… ce n’est pas si simple ».

En dépit de l’accompagnement constant des familles par Pluriels, un quart de celles retenues au départ n’ont pas tenu. « Nous avons du nous tromper » concède Pascal Mathieu. « Nous sommes mieux armés maintenant. Nous faisons comprendre aux familles qu’elles sont des passeurs entre une vie et une autre pour ces jeunes, qui ne seront jamais des enfants de la famille. Toutefois, ces familles sont des lieux d’ancrage pour des adolescents qui cherchent à s’intégrer dans la société ». Une psychologue rencontre les famille et les aide à « se placer à la bonne distance ». « Les enfants s’attachent au grand frère de passage, la famille prend en effet des risque affectifs. Quant aux jeunes qui ont vécu des événements, des violences si difficiles lors de leur périple, ils peuvent manifester des décompensations post traumatiques, alors qu’au départ ils ne parlent pas » précise Pascal Mathieu.

Pour l’association, le temps est compté. « Nous n’avons que deux ans avant leur majorité, un temps durant lequel ils doivent se reconstruire, mais nous allons à l’essentiel. Ce temps est aussi nécessaire pour l’obtention d’une carte de séjour et cela est très aléatoire ».

Pluriels a aussi mis en évidence un maillon faible de cet accueil familial sur le territoire ardéchois : la solitude des adolescents loin de leur réseau de migrants. Aussi prévoit-elle d’organiser des rencontres entre les MNA accueillis. En revanche, l’association relève un point fort du parrainage : les jeunes apprennent plus vite la langue et les codes sociaux que ceux hébergés en appartements ou hôtel. Après un an, Pluriels reconnaît que le « coeur ne suffit pas pour poursuivre ces parrainages », mais que mieux armés, ils vont pouvoir accompagner de façon plus efficace encore les familles.

 

Article rédigé par Louisette Gouverne - 11 Décembre 2018

Droits des jeunes étrangers

 

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) engage l’Etat français, elle impose aux autorités une obligation de protection qui ne peut considérer le mineur non accompagné comme un migrant irrégulier, mais comme un enfant comme les autres sans distinction de nationalité. La dénomination officielle depuis mars 2016, « mineurs non accompagnés » (MNA), souligne cette absence de distinction. La France a ainsi l’obligation de protéger les MNA jusqu’à leur majorité. En fait, ce sont les départements qui se trouvent responsables de cette protection au titre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Une somme forfaitaire est versée par l’État aux départements qui accueillent et évaluent la minorité et l’isolement de chacun de ces MNA, sur la base du prix de journée de 250 € pendant 5 jours au plus (jusqu’en 2018).

Première étape pour le mineurs arrivant : une demande de mesure de protection de l’enfance auprès de l’ASE qui s’occupera de l’hébergement, la santé et la scolarisation de ces adolescents. Ensuite, peut être faite une demande d’asile.

La France a prévu en 2013 une répartition territoriale des nouveaux arrivants, une ordonnance provisoire de placement (OPP) déterminant le département d’accueil, qui sera le seul à pouvoir s’occuper du jeune concerné.

 

Les textes

La Convention internationale des droits de l’enfant, 20 novembre 1989, ratifiée par la France le 2 juillet 1990

La directive 2011/95/UE du parlement européen et du conseil du 13 décembre 2011 a posé le principe d’une protection internationale et la notion de « mineur non accompagné» définie dans son article 2 para-graphe l).

En France :

Art. L.112-3 (loi n° 2007-293 du 5 mars 2007) du Code de l’action sociale et des familles : Les mineurs isolés étrangers relèvent de la protection de l’enfance.

Art. L.223-2 (art. 1 loi n° 2007-293 du 5 mars 2007) du Code de l’action sociale et des familles : Recueil provisoire par les services de l’Aide sociale à l’enfance.

LOI n° 2016-297 du 14 mars 2016 relative à la protection de l’enfant

Loi n° 2018-778 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, JO du 11 septembre 2018. Celle ci prévoit notamment la création d’un fichier national des MNA accessible aux départements.

Combien de MNA dans le monde et en France ?

 

On estimait le nombre d’enfants demandeurs d’asile et réfugiés non accompagnés à 173 800 fin 2017 dans le monde. Le UNHCR décomptait 45 500 jeunes qui demandaient effectivement l’asile de façon individuelle en 2017 dans 67 pays et 138 700 réfugiés et demandeurs d’asile répertoriés au cours d’opérations de l’agence des Nations unies.

En France, le ministère de la Justice tient une comptabilité des MNA. Chaque semaine est actualisé le nombre de mineurs confiés par décision judiciaire répondant à une demande de protection de l’enfance auprès de l’ASE (aide sociale à l’enfance) depuis le 1er janvier 2018. Ainsi au 30 novembre dernier, ils étaient 74 en Ardèche, 122 dans la Drôme, 536 dans la métropole de Lyon, et 15 357 en France. A l’approche de leur majorité, ces mineurs peuvent demander l’asile en France. Dix associations dénonçaient fin novembre 2018 le projet de fichage des MNA du gouvernement arguant que les mineurs seraient considérés « d’abord comme des migrants à expulser plutôt que comme des enfants à protéger » et insistaient sur la problématique du non accueil de ceux dont la minorité n’est pas reconnue. Ces associations estiment le nombre de mineurs arrivés en France en 2018 à 25 000.

Par ailleurs, pour bien comprendre l’importance du travail de l’ASE dans les départements français, précisons que les mineurs non accompagnés se retrouvent dans la catégorie très large des mineurs pris en charge en protection de l’enfance en France, dont le nombre était estimé à 295 357 au 31 décembre 2016.

source : http://www.justice.gouv.fr/art_pix/tableau_mna.pdf

Article rédigé par Louisette Gouverne - 11 Décembre 2018 

Les réfugiés Mauritaniens au Sénégal

Depuis 1989, des réfugiés mauritaniens se sont installés au Sénégal, pays de 15 millions d’habitants. Difficile de dire combien ils sont actuellement dans ce pays, de 10 000 à plus de 14 000 selon les sources. Le coordonnateur général des réfugiés mauritaniens au Sénégal, Aldiouma Cissoko, rappelle qu’entre septembre 2016 et octobre 2018, beaucoup ont été privés de documents d’identité, et se retrouvaient donc apatrides. Une situation très difficile qui ne leur permettait plus de se déplacer, ni de travailler. L’option du retour en Mauritanie, si elle apparaît maintenant plus facile et souhaitable aux réfugiés, reste cependant liée à l’évolution politique de leur pays d’origine. Par ailleurs, en juin dernier, il a été annoncé que 9000 de ces réfugiés devraient être naturalisés au Sénégal. Ils ont été nombreux à s’installer au long du fleuve Sénégal et des familles y sont nées au fil des ans. Aldiouma Cissoko explique cette réalité.

Reportage réfugiés Mauritaniens -
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Propos recueillis par Mamadou Ba - 30 Décembre 2018

Retour au Sénégal - Après sept ans de calvaire en Grèce

En 2005, Amadou Tidiane Dia, un jeune sénégalais âgé de 22 ans à l'époque, abandonne ses études en classe de terminale pour tenter de rejoindre l'Europe. Il arrive en Turquie qui est un pont entre l'Orient et l'occident, y passe trois mois avant de rejoindre la Grèce clandestinement par la mer. Il passera sept ans entre Salonique et Athènes sans avoir la chance de rejoindre la France, la destination finale qu’il s’était fixé. Il décide en 2011, contre toute attente, de retourner au pays, nonobstant les remarques et les critiques des siens, qui considèrent ce retour comme un échec. Amadou Tidiane Dia a accepté de raconter son périple et sa réinstallation au Sénégal. Il recommande aux jeunes de ne pas partir.

Retour aux Sources - Sénégal
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Témoignage recueilli par Mamadou Adama Ba - 18 Janvier 2019 

Avec le média Guiti News

Donner à la crise de l’accueil ses lettres d’humanité

 

A Paris, une dizaine de journalistes de moins de 35 ans – pour moitié des réfugiés et pour moitié des Français – ont lancé le 22 janvier 2019 un site d’information numérique Guiti News. Leur ligne éditoriale : poser un double regard en travaillant en binômes sur tous les sujets qui touchent à l’immigration. Sans tabou, en racontant autrement la vie des exilés, des réfugiés.

 

L’apparition dans le paysage français d’un média « franco-réfugié » qui revendique de montrer des aspects positifs de l’immigration a inévitablement piqué ma curiosité. Ce nouveau média numérique renvoie un écho à ce que ce blog tente de faire depuis quelques mois, à la coopération que nous avons initiée entre Amadou Ba et moi, journalistes en France et au Sénégal. Il jette un pavé dans la mare des informations véhiculées autour des migrations.

Pour planter le décor : Guiti, cela signifie, en perse, le monde et l'univers. A l’origine du site,

Mortaza Behboudi (24 ans), journaliste afghan arrivé en France en juillet 2015. Il ne se résigne pas à changer de métier pour vivre, comme le font 80 % des journalistes réfugiés en France. Il songe ainsi à créer un média pour y exercer sa profession. Au fil des rencontres avec d’autres journalistes, persuadés comme lui que « la migration, les réfugiés ont un impact positif sur la société française », le projet du site a pris forme. Des vidéos, reportages, photos, podcasts, dessins… Guiti News joue sur toutes ces formes journalistiques pour intéresser et séduire le lecteur-spectateur.

J’ai voulu entrer en contact avec cette équipe détonnante. Mortaza Behboudi et Sofia Fischer journaliste pigiste française, en binôme, ont accepté d’expliquer plus avant la démarche de leur rédaction.

Dans l’intimité culturelle des réfugiés

« Dans les rédactions françaises, il n’y a pas de journalistes réfugiés. Pas étonnant que certains sujets ne soient jamais traités et que le vécu des réfugiés n’intéresse guère. L’écueil principal est l’appréhension culturelle de ce qui compte dans la vie des arrivants. Et puis les rédactions n’ont pas les moyens de payer des interprètes dans les diverses langues de ces interlocuteurs, ceci ne facilite pas le contact direct, ni un accès plus intime à la réalité vécue par les réfugiés » rappelle Sofia Fischer.

Dans l’équipe de Guiti News, il en va autrement. Lors des conférences de rédaction, ils ont ensemble de vraies discussions à caractère éthique, déontologique en abordant les divers sujets d’actualité et ceux qu’ils traiteront sur leur site. Le principe vraiment différent instauré au sein de cette équipe est le travail en binôme, un journaliste français et un collègue réfugié. Selon les projets et les thèmes retenus, les binômes se font et se défont au gré des affinités des journalistes.

« Il s’agit à chaque fois de partager nos opinions, nos approches, nos compétences, nos facultés linguistiques » explique Mortaza Behboudi. L’équipe réalise également en son sein une auto-formation avec les journalistes arrivés depuis peu en France.

Autre spécificité de Guiti News, la volonté de mettre en avant « le côté humain ». « Il est trop souvent oublié et nous voulons montrer que les réfugiés ne sont pas des chiffres » rappelle Sofia Fischer. Parce que le phénomène migratoire n’est pas nouveau dans l’histoire des hommes, ils veulent aller au-delà des « convulsions géopolitiques » autour des migrations pour trouver des histoires humaines, des parcours différents, en nous interrogeant sur ce qu’ils nous apportent. Il s’agit tout simplement de donner la parole, en direct, à des femmes et des hommes.

                                                        la rédaction de Guiti News à Paris.

                                                        Crédit Guiti News

La face positive de l’immigration

« Nous voulons donner à voir ou entendre des témoignages inspirants, montrer l’impact positif de la migration sur la société française. Nous avons une démarche constructive sans nous interdire de sujets » affirme Mortaza Behboudi. Ce qui « touche au coeur » ces journalistes et cimente leur implication dans Guiti News, c’est la crise de l’accueil en France. Ils se sont engagés pour passer outre en retrouvant l’humanité au-delà des peurs, des manipulations politiques, de l’incompréhension, du communautarisme.

Cette jeune rédaction n’est guère différente des autres avec ses débats sans fin et des clashes entre égos. Ils ont globalement le même âge, ils sont proches par leur métier et différents à la fois par leurs histoires, leurs enfances. Cette bande de copains a accouché d’un site inédit. Ils veulent maintenant « faire savoir au monde qu’ils existent ». Pour l’instant, ils travaillent bénévolement. Mais cela ne peut durer. Cet été, l’accès à Guiti News deviendra payant sur abonnement. L’information de qualité ne se brade pas.

Autre initiative médiatique en Allemagne

Partant du constat que l’on parlait beaucoup des réfugiés dans la presse allemande, mais qu’ils n’y écrivent pas ; que dans les reportages ils sont des objets, mais jamais des sujets… une équipe de journalistes a décidé de changer la donne. Newscomer cherche à rapprocher des tandems de réfugiés et journalistes locaux et à les accompagner sous une forme de tutorat pour qu’ils puissent réaliser ensemble leur travail journalistique sur des thèmes de leur choix. L’objectif est de faire entendre autrement la voix des réfugiés dans les différentes régions du pays via les médias locaux.

 

Autour de la question du traitement des migrations dans les médias, à signaler également le voyage en Allemagne de journalistes du Bondy Blog. Du 28 novembre au 2 décembre 2018, six reporters étaient en reportage à Bonn et à Cologne pour traiter deux thématiques : le paysage médiatique allemand et la question de l’intégration des réfugiés en Allemagne ?

Pour retrouver ces médias et initiatives :

www.guitinews.fr

http://newscomer.de/

https://www.bondyblog.fr/agenda/le-bondy-bog-en-allemagne-paysage-mediatique-allemand-et-debats-sur-lintegration-des-refugies-outre-rhin/

Article rédigé par Louisette Gouverne  - 7 Février 2019

Il faut parler de l’immigration irrégulière

 

Le Point de vue de Baba Mall

Baba Mall ou Baaba Maal*, chanteur guitariste sénégalais de renommée internationale, est très préoccupé par l’émigration clandestine. Il en a parlé lors d’un concert au Zénith à Paris l’an dernier. Artiste engagé, le leader du groupe Daandé Lénol (la voix du peuple) estime que les Africains ayant vécu en Europe doivent prendre la parole pour convaincre les jeunes que l'Europe n'est pas cet Eldorado qui les fait tant rêver. Qu’il faut communiquer pour tenter de mieux comprendre les raisons de cette immigration irrégulière.

Le Point de vue de Baba Mall -
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* Baaba Maal – 65 ans – après avoir appris les instruments traditionnels et sillonné l’Afrique de l’Ouest, a conquis son public avec le groupe Daandé Lénol dès 1985. Il a fait une première tournée en Europe en 1990 où il rencontre Peter Gabriel. Puis, le succès mondial est arrivé en 1994 avec Fir' in Fouta et le titre African Woman. En 1996, il chante en première partie de Santana au stade de Wembley en Angleterre. En 2018, il a participé à la bande originale du film Black Panther sous la direction de Ludwig Göransson. Engagé politiquement, il est représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il a été invité à la conférence de Copenhague de 2009 sur le climat.

Propos recueillis par Mamadou Adama Ba - 22 février 2019

Voyager à tout prix

Les Africains continuent de partir, partir quand même, parce qu'ils n'ont pas d'autre choix. Ils fuient des situations de guerre ou de persécution, l’injustice sociale et la grande précarité.

D'autres rêvent simplement d'une vie meilleure ou sont envoyés en Europe pour subvenir aux besoins de leur famille. Un candidat au voyage a accepté de parler sous couvert de l’anonymat, mais à cœur ouvert. Il dissuade néanmoins les jeunes qui comme lui veulent franchir les portes de l’Europe de ne pas succomber aux sirènes de l’émigration clandestine, d’éviter les pirogues.

Témoignage.

 

 

 

Mamadou Adama Ba – 12 mars 2019

Voyager à tout prix - Propos recueillis par Mamadou BA
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Rester au pays

 

Une tournée pour convaincre les jeunes Sénégalais

 

Le conseil national de la jeunesse du Sénégal*, en collaboration avec la Fondation allemande Konrad Adenauer, organise une tournée nationale avec des forums dans les capitales régionales. Cette année, le thème retenu est l’immigration clandestine. Le conseil national de la jeunesse souhaite convaincre les jeunes de Matam de ne pas quitter leur région, car ils y disposent d’énormes potentialités. L’Etat du Sénégal a également décidé d’accompagner les jeunes porteurs de projets pour les convaincre de rester au pays. Au Sénégal, les moins de 20 ans représentent plus de 60 % des 16 millions d’habitants. Le 19 mars 2019, Khadim Diop, président du CNJS, explique les objectifs de cette tournée lors de son passage à Matam.

 

* Le Conseil National de la Jeunesse du Sénégal se charge de coordonner l'ensemble des projets et activités de jeunesse, d'assurer la représentation des jeunes dans les décisions et missions internationales. Il a mis en place des conseils régionaux de jeunesse dans toutes les régions du pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Mamadou Adama Ba - 19 Mars 2019

Convaincre les jeunes de rester - Mamadou Ba
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Au Sénégal

 

Partir… ou rester

Comme beaucoup de jeunes Africains, Mamadou Ngawa Dembélé, directeur de Sogui Développement Express, avait lui aussi été tenté par l'aventure européenne. Après son bac, il a finalement décidé de rester à Ourossogui (région de Matam), bravant le chômage et les périodes de vaches maigres. Aujourd'hui, son entreprise emploie 5 personnes et il se projette vers l'avenir. Aux plus jeunes, il conseille d’être persévérants et de saisir les opportunités que recèle la région.

 

Témoignage recueilli par Mamadou Adama Ba - 25 mars 2019

Partir ou Rester - Mamadou Ba
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